Alors que le premier ministre japonais, Naoto
Kan, estimait, lundi 21 mars, que la situation à la centrale
nucléaire de Fukushima s'améliorait peu à peu, que l'opérateur Tokyo Electric Power (Tepco) annonçait que les six
réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima 1 étaient raccordés au
réseau électrique, une fumée commençant à s'échapper du réacteur 3 a
douché l'espoir.Aussitôt, Tepco a annoncé une évacuation partielle du personnel
présent dans la centrale nucléaire. Les réacteurs 3 et 4, les plus
gravement endommagés par le séisme et le tsunami survenus le 11 mars,
avaient été raccordés lundi. Tepco doit encore évaluer les dégâts
infligés aux systèmes de refroidissement des réacteurs et à d'autres
éléments de la centrale avant de tenter de les relancer.
TEPCO ACCUSÉ D'AVOIR MAQUILLÉ DES RAPPORTS DE CONTRÔLE
Une dizaine de jours avant le séisme et le tsunami qui ont ruiné le
nord-est du Japon et abîmé la centrale Fukushima n° 1, Tepco avait remis
un document aux autorités dans lequel il reconnaissait avoir faussé les
données des registres de contrôle. L'entreprise avait précédemment
assuré avoir vérifié une trentaine de pièces qui, en réalité, n'avaient
pas été contrôlées. Tepco a avoué notamment qu'une carte d'alimentation
d'une valve de contrôle de température de réacteur n'avait pas été
inspectée durant onze ans, bien que les techniciens, qui s'étaient
contentés d'un contrôle de routine, aient indiqué le contraire. Les
contrôles ont été également insuffisants sur d'autres pièces, dont des
éléments relatifs au système de refroidissement et au groupe électrogène
de secours.
"Le plan de contrôle des installations et la gestion de la
maintenance étaient inappropriés", en a conclu l'Agence de sûreté
nucléaire, ajoutant que "la qualité des inspections était
insuffisante". Avant la catastrophe, le gendarme du secteur avait
enjoint à Tepco de corriger sa conduite et de dresser un nouveau plan de
maintenance d'ici au 2 juin. L'agence prévoit de lancer des
investigations plus poussées une fois la crise passée. Pour avoir déjà
maquillé des rapports en 2002, Tepco avait dû stopper temporairement
pour inspection ses 17 réacteurs nucléaires à eau bouillante (BWR), dont
ceux des centrales de Fukushima. Cette affaire avait forcé le PDG et
son bras-droit de l'époque à démissionner.
En 2007, après un séisme dans la région de Niigata, près de la mer
du Japon, Tepco avait dû mettre à l'arrêt sa plus grande centrale
nucléaire, Kashiwazaki-Kariwa, qui compte sept réacteurs. Il a été
reconnu ensuite que les fuites radioactives sur cet immense site avaient
été plus importantes que Tepco ne l'avait initialement reconnu. Dans
la situation présente, les différends perceptibles entre Tepco et les
autorités ne facilitent pas non plus la transparence des informations ni
le travail des techniciens, qui prennent des risques sur place pour
stopper l'escalade.
Lemonde.fr